"Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur."
Épître aux Romains 8,39

"Allons mon âme, tu vas converser avec le Bon Dieu, travailler avec lui, marcher avec lui.
Tu travailleras mais Il bénira ton travail. Tu marcheras mais Il bénira tes pas. Tu souffriras mais Il bénira tes larmes."
St Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars

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dimanche 31 janvier 2010

Homélie du 31 janvier - 4e dimanche du temps ordinaire C

Basilique Notre-Dame d’Avesnières – Laval – 9h30
Église Notre-Dame des Cordeliers – Laval – 18h00
Dimanche 31 janvier 2010
4ème dimanche du Temps ordinaire C


(Textes : Jr 1,4-5.17-19 – Ps 70 – 1Co 12,31-13,13 – Lc 4,21-30)

(Illustration : Jésus dans la synagogue, de Zaki Baboun, peintre à Bethléem)

Mot d’accueil :
 
Frères et sœurs,
 
Dans la synagogue de Nazareth, Jésus annonce qu’il est le Messie et qu’il est venu pour le monde entier… ce qui surprend est scandalise ses auditeurs… Oui, le Christ est venu pour sauver l’humanité toute entière… que nos cœurs sachent s’élargir à cette dimension pour que notre charité fraternelle soit sans frontière.

Homélie :
 
Frères et sœurs,
 
Jésus est donc à Nazareth, dans la synagogue de son enfance, et il vient de terminer la lecture d’un passage du livre d’Isaïe qui annonce la venue du Messie. Devant les habitants étonnés, Jésus se présente comme le Messie attendu par Israël... Ils sont dans l’étonnement, et ils ont du mal à croire : ce qui fait obstacle à leur foi, c’est ce qu’ils savent, ou plutôt ce qu’ils croient savoir de Jésus : « N’est-ce pas là le fils de Joseph ? »
 
Eh bien non, justement, ce n’est pas le fils de Joseph ! Mais alors que beaucoup de personnes qui n’ont pas connu l’enfance et la vie cachée de Jésus vont rapidement se convertir, par exemple à Capharnaüm, ceux qui ont été les témoins privilégiés de la croissance humaine  de Jésus n’arrivent pas à mettre leur foi en lui. C’est compréhensible, et en même temps c’est d’une grande tristesse. Ils ne parviennent pas à regarder Jésus avec des yeux neufs : ce qu’ils croient savoir de lui leur font comme des œillères… et ils passent à côté de la vérité, et leur manque de foi fait même obstacle à ce que Jésus puisse faire des miracles.
 
Mais, plus grave, quand Jésus leur annonce qu’il n’est pas venu que pour les Juifs mais aussi pour les païens, en prenant l’exemple des prophètes Élie et Élisée, ils entrent dans une grande colère et cherchent même à attenter à la vie de Jésus. D’une certaine façon, nous avons déjà là les prémices de la Passion : certains juifs étaient tellement sûrs de leur foi qu’ils n’ont pas vu passer sous leurs yeux le Messie envoyé par Dieu pour accomplir ses promesses.
 
C’est vrai que Jésus est un peu provocateur dans sa façon de s’adresser à eux dans la synagogue de Nazareth… mais peut-être espère-t-il provoquer en eux une réaction salutaire de conversion… ? Mais ils restent bloqués : ce Jésus n’est que le Jésus que nous connaissons, le fils de Joseph, et rien de plus, donc ce qu’il raconte est pour ainsi dire un blasphème qui mérite la mort.
 
Peut-être que spontanément nous nous disons que si nous avions été à leur place, nous n’aurions pas agit de la même façon et que nous nous serions immédiatement prosternés aux pieds du Christ… Est-ce bien sûr ? Dans nos relations avec les autres, ne sommes-nous pas parfois nous aussi esclaves de nos représentations, de nos stéréotypes, de notre habitude à “classer” les gens en différentes catégories ?
 
Spirituellement, cet évangile nous invite à garder le cœur et l’esprit ouverts, que ce soit vis-à-vis de Dieu ou vis-à-vis des autres : il y a toujours plus à découvrir que ce que nous croyons déjà savoir.
 
Dieu est tellement grand que nous n’aurons pas assez de notre vie pour tout découvrir de Lui, surtout si nous arrêtons de chercher et que nous enfermons Dieu dans nos certitudes : ne cessons jamais de puiser aux sources sûres de l’Écriture et de la Tradition pour avancer sur notre chemin de rencontre et de découverte de Dieu.
 
Et les autres, que ce soit ce voisin, ce collègue, cet ami, cet élève, ce membre de ma famille, cet enfant… Nous devons avoir foi en l’homme, comme Dieu a foi en moi. Je sais bien que moi-même, je ne me réduit pas à ce que les autres croient savoir de moi. Alors, comment pourrais-je croire tout savoir des autres, comment pourrais-je oser mettre tel ou tel dans une case ?
 
Nous avons tellement à nous apporter les uns aux autres, tous frères et sœurs en humanité, pour avancer dans la construction d’un monde plus juste et plus fraternel, en attendant de nous retrouver tous, dans le Royaume des cieux, là où il n’y aura plus d’apparences et de faux-semblants, là où nous serons tous et avec Dieu, dans l’amour et dans la vérité.
 
Amen.
 
David Journault †

Dieu a-t-il abandonné Haïti ?

Face à cette question grave, je publie ici un article du journal La Croix paru le 29/01/2010 à lire jusqu'au bout...

La tragédie qui a frappé Port-au-Prince a fait resurgir des « pourquoi » sur le mystère du silence de Dieu et des origines du mal. Des Haïtiens, d’ici ou de là-bas, confient à « La Croix » ces interrogations universelles

Une femme en prière au cours d'un service religieux à Port-au-Prince, dimanche 24 janvier (AP/Abd).

«Comment croire en un Dieu infiniment puissant et bon qui observe, goguenard, ses “enfants” crever sous les débris des immeubles de Port-au-Prince ? Si on est créateur de l’univers, on est en mesure d’empêcher de telles catastrophes ! Et si, le pouvant, on ne le fait pas, on ne peut se proclamer Dieu d’amour. Tout le reste est littérature. »

Tel Voltaire en son siècle après le séisme de Lisbonne, l’auteur de ces lignes est l’un des nombreux internautes à avoir exprimé sur un blog de La Croix sa colère et son incompréhension. Comment comprendre ce nouveau malheur venu s’ajouter aux 32 coups d’État et aux centaines de cyclones qui sont passés sur l’île depuis deux cents ans… Le séisme du 12 janvier a fait resurgir de manière abrupte des « pourquoi » qui touchent au scandale de la souffrance des innocents, à l’énigme insoutenable du mal, au mystère du silence de Dieu.

« Notre foi est mise à rude épreuve par ce désastre horrible », reconnaissait, quelques jours après le drame, le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, dans son homélie lue en hommage aux victimes. « Toute personne qui croit en Dieu et qui essaye de vivre de cette foi ne peut pas ne pas être touchée au cœur par le malheur qui détruit et par la malédiction qui touche votre pays. Tous s’interrogent : “Où es-tu Seigneur ? Que fais-tu Seigneur ?” »

Chacun, au milieu du chaos, interroge le ciel

« Comment Dieu peut-il laisser faire cela ? » reprend une jeune catholique haïtienne, Stéphane Rebu, 25 ans, rencontrée dans un camp de sinistrés à Port-au-Prince. Lorsque la terre a tremblé, cette enseignante d’éducation physique était dans la cour avec ses élèves. « Mon école est au bord d’une falaise, et le mur de l’enceinte est tombé au pied de cette falaise… C’était effrayant ! Je suis rentrée chez moi en marchant, et à chaque coin de rue, j’entendais des gens prier. Je me demande encore comment j’en suis sortie vivante ! »

Domini, étudiant de 22 ans, a perdu sa sœur. « Nous avons beaucoup prié pour qu’on la retrouve vivante. Mais son corps a été dégagé des décombres… C’est terrible pour toute la famille, mais nous devons l’accepter. On se demande pourquoi c’est arrivé, pourquoi nous… »

Comme Stéphane ou Domini, chacun, au milieu du chaos, interroge le ciel, tente de comprendre l’inexplicable. Certains y voient une punition divine. « Je ne sais pas contre quoi, ni contre qui, ni ce que cela veut dire précisément. Mais la preuve, c’est que dans la même rue, certaines maisons sont tombées, alors que celles d’à côté ont tenu le coup, sans explication », affirme Francisco, 16 ans.

«Des innocents sont morts, mais ce ne peut être la volonté de Dieu»

Clainise, 23 ans, a perdu son oncle et sa cousine : « Je ne veux pas dire que les personnes qui sont mortes ont été visées par Dieu, modère-t-elle. Mais c’est un châtiment contre le pays tout entier, contre les hommes qui sont trop égoïstes. »

« Je suis catholique et je pense que ce tremblement de terre n’a rien à voir avec Dieu, rétorque Jean-Pierre Johnson, 22 ans, photographe, qui a pu s’échapper de son studio dès les premières secousses. C’est un phénomène naturel. Les victimes sont mortes à cause des mauvaises infrastructures de notre pays. » Pourtant, lorsqu’on lui parle des rescapés, Jean-Pierre avance : « Je crois quand même que certaines personnes ont reçu une faveur, notamment celles qui sont sorties indemnes des décombres. C’est tellement incroyable. Dieu doit se dire qu’il a un plan pour elles, ou bien qu’elles ne méritent pas de mourir. Dieu fait des choix. »

Berthony, journaliste et peintre de 40 ans, mormon, a lui aussi l’impression d’être un miraculé : « Ma maison s’est effondrée. À ce moment-là, j’assistais aux funérailles de mon beau-frère et ma sœur, enceinte, était chez sa mère. Sans cet enterrement, je pense que nous serions tous restés à la maison et nous aurions été ensevelis. Je pense que Dieu est bon. Des innocents sont morts, mais ce ne peut être par sa volonté. »

«Pas l’ombre d’une révolte, mais une foi profonde»

« Parfois, j’interroge Dieu : pourquoi lui ? Il était un père pour nous, confie, à Paris, Gemelite Lazare, 53 ans, cousine de Mgr Joseph Serge Miot, archevêque de Port-au-Prince, tué lors du séisme. Mais je sais que Dieu ne l’a pas voulu. Je dis : que votre volonté soit faite. »

Une de ses amies, Marie-Rose Pascal, 42 ans, témoigne de la même confiance en la Providence : « Il ne nous a pas lâchés. Il nous aime tellement. Hier, ils ont trouvé des vivants sous les décombres, après huit jours sans boire ni manger. C’est le signe que Dieu est là, c’est lui qui les soutient. Les gens posent la question à l’envers : ils ne voient pas que tout cela, ce sont des miracles. »

« Pas l’ombre d’une révolte, mais une foi profonde : on retrouve là, à mon sens, l’âme haïtienne. Pour un Haïtien, Papa Bon Dye est foncièrement bon », observe le P. Bernard Collignon, prêtre des Frères des Écoles chrétiennes, en Haïti depuis des années.

«Dieu ne veut pas la souffrance. Il est là avec nous»

« Mis à part quelques prophètes de malheur qui profitent de la situation pour accuser le peuple haïtien de tous les péchés du monde, la propension générale est plutôt à la bénédiction et à la louange pour les vies sauvées, confirme le P. Maurice Piquard, montfortain, dont la congrégation a perdu dix séminaristes. Dieu est loué comme le maître de la vie. Le présent et l’avenir lui appartiennent. Les Haïtiens savent d’instinct que Dieu est Amour infini, qu’il accueille les défunts avec lesquels ils continueront à vivre une relation très forte. »

Mais si les Haïtiens se refusent à intenter un procès à Dieu, que dire alors de l’énigme violente du mal, broyant aveuglément la vie de plus de 150 000 personnes ? « Nous aimerions savoir pourquoi ce mal se produit, mais une tragédie de cette envergure est au-delà de toute explication : ce serait justifier le mal que de l’expliquer, souligne Mgr Pierre Dumas, évêque de l’Anse-à-Veau et de Miragoâne. Dieu se trouve sous les tentes, avec ces gens qui ont tout perdu, plaide-t-il. Aujourd’hui, le visage de Dieu, c’est le visage souffrant du Christ dans les traits des personnes sinistrées, qui, la nuit, ont faim et froid. Dieu ne veut pas la souffrance de ses enfants, il l’a portée dans son propre corps, il l’a traversée. Il est là avec nous. »

«C’est dans l’action au service des autres que notre intelligence reçoit la réponse»

Pour le président de Caritas Haïti, qui sillonne sans cesse les camps de sinistrés pour consoler les familles endeuillées et organiser les secours, la réponse n’est pas dans la spéculation, mais dans la manière dont chacun répond à la tragédie : « La qualité humaine qu’on va mettre, la charité qui va découler de nos cœurs, cette capacité de développer une plus grande solidarité, détaille Mgr Dumas, c’est tout cela qui va faire la différence et permettre aux gens de pouvoir se relever. »

« C’est dans l’action au service des autres que notre intelligence reçoit la réponse aux questions posées, renchérit le P. Manuel Rivero, vicaire provincial des dominicains, qui organise le ravitaillement dans la capitale haïtienne. Encore ces jours-ci à Port-au-Prince, j’ai pu expérimenter l’innovation qui jaillit dans le combat commun contre le malheur. Il arrivait que des jeunes ou de moins jeunes me saluent, autrefois, dans la rue ou dans un bidonville : “Bonsoir, Blanc.” Mais personne ne m’a appelé “Blanc” ces jours-ci quand, avec des Haïtiens, je portais un cadavre dans une rue jonchée de morts. À l’occasion du malheur, les cœurs peuvent s’ouvrir. Le meilleur de l’homme émerge alors des profondeurs de l’être avec des richesses jadis laissées en friche. »
Gilles BIASSETTE (à Port-au-Prince) et Céline HOYEAU

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