"Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur."
Épître aux Romains 8,39

"Allons mon âme, tu vas converser avec le Bon Dieu, travailler avec lui, marcher avec lui.
Tu travailleras mais Il bénira ton travail. Tu marcheras mais Il bénira tes pas. Tu souffriras mais Il bénira tes larmes."
St Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars

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mercredi 23 décembre 2009

Burqua, minarets... drôle de débat, non ?

Burqua, minarets,... nos politiques ont une bien étrange façon de célébrer Noël !

Je sais que je n'ai pas l'habitude de m'aventurer sur le terrain de la réflexion politique, mais en ce moment j'ai du mal à comprendre où nos politiques veulent aller... Et j'ai malheureusement l'impression qu'on utilise la réflexion sur ces questions importantes pour de basses questions politiciennes.

J'ai aussi eu l'occasion de discuter assez longuement avec une élève musulmane (non voilée) du lycée catholique dont je suis le prêtre référent, et j'ai senti chez elle une inquiétude sincère : peut-on encore être musulman en France ?

Ne comptez pas sur moi pour vous dire ce que vous devez penser, mais je voudrais seulement vous faire par de ma modeste réflexion, là où elle en est... Et vous inviter à y réfléchir sérieusement.



Sur les minarets, à partir du moment où les constructions respectent les lois existantes sur l'urbanisme, je ne vois pas où est le problème : s'il y a dans une ville un nombre significatif de musulmans, il me semble essentiel qu'ils aient un lieu de prière digne et beau. Comment vouloir un islam de France apaisé si nous leur imposons des conditions d'exercice de la liberté religieuse qui soient indignes ? Et puis, il me semble qu'il peut y avoir trois degrés : une mosquée, une mosquée avec minaret, une mosquée avec minaret et appel à la prière. J'ai l'impression que tout dépend du nombre de musulmans dans un quartier. En tant que catholique, comment est-ce que je pourrais souhaiter que les catholiques dans le monde puissent construire des églises (avec clocher et cloches), y compris dans les pays où ils sont minoritaires (comme au Cambodge, au Vietnam,...), et dans le même temps refuser que des fidèles d'une autre religion ne bénéficient pas du même droit en France ?
Une question qui n'est pas réglée, c'est d'ailleurs celle de la réciprocité : d'après ce que j'ai vu dans La Croix, la plus grande mosquée d'Europe serait la mosquée de Rome, et j'y vois un beau signe. Par contre, la construction d'une église et même la simple pratique religieuse non musulmane est toujours interdite en Arabie Saoudite. J'aimerai tellement que les Musulmans d'Arabie Saoudite posent ce beau geste d'autoriser la construction d'une église et de mettre en place la liberté religieuse dans leur pays.


Sur la burqa, ou le voile intégral, la question est autrement plus complexe. Voilà quelques éléments de ma réflexion :
  • Sans doute que le port du voile intégral est pour nous, occidentaux, assez choquant, car nous n'en avons pas l'habitude. De plus, la rencontre avec l'autre passe de façon déterminante par le contact avec le visage (cf. la pensée d'Emmanuel Levinas sur le visage). Masquer son visage au regard de l'autre est perçu spontanément, en France, comme un acte de méfiance et de rejet de l'autre : je me cache car je ne veux pas qu'il me regarde, je ne veux pas qu'un homme puisse poser sur moi un regard incorrect, un regard impur, un regard de désir. Ceci dans le cas où la femme porte librement ce voile. Si on l'oblige à le faire, c'est inacceptable et c'est une atteinte injustifiable à sa liberté. La question fondamentale me semble être là : comment s'assurer que les femmes qui portent ce type de voile le font librement et sans contrainte.
  • L'été dernier, j'ai fait plusieurs fois escale à Doha, au Qatar, et dans l'aéroport j'ai pu découvrir toute sorte de voiles, du simple foulard au voile intégral, en passant par le voile qui masque le bas du visage, en tissu ou même en cuir ! C'est vrai que cela m'a fait un peu bizarre... Mais je me pose une question : si nous faisons une loi sur ce voile intégral, qu'est-ce qu'on fera des touristes qui arriveront en France avec le voile intégral ? Est-ce que les service de l'immigration seront chargés de leur faire quitter leur voile, ou bien seront-elles refoulées à la frontière ?
  • Aujourd'hui, la loi prévoit déjà que toute personne puisse justifier de son identité à tout moment : ainsi, une personne qui porte un voile intégral, ou tout autre dispositif vestimentaire qui masque son visage, est déjà obligée par la loi de découvrir son visage en cas de contrôle de police.
  • Si une femme est obligée par son époux ou par un autre homme de sa famille à porter un voile intégral, ou même un autre type de voile, il y a atteinte à sa liberté individuelle, ce qui est inadmissible. Est-ce qu'interdire le voile intégral règlera le problème ? J'en doute. Ces femmes resteront sous la domination d'un homme. Il faudrait donc, logiquement, protéger ces femmes, comme les femmes battues, à la limite. Ce que je veux dire, c'est que si on considère que le voile intégral est une violence faite aux femmes, en interdire le port sur la voie publique ne changera rien : ces femmes seront toujours soumises à une violence, et cela ne fera que leur compliquer la vie. La solution du problème est sans doute ailleurs.
  • Si une femme veut, librement, masquer une partie de son corps au regard des autres, sur quel fondement légal pourrait-on lui interdire ? Si l'État commence à légiférer en matière vestimentaire, jusqu'où va-t-on aller ? On a commencé par interdire les signes religieux ostentatoires dans les collèges et les lycées publics, ainsi qu'à tout le personnel de l'administration, maintenant on veut légiférer sur le port du voile intégral sur la voie publique... jusqu'où va-t-on aller ?  Va-t-on bientôt interdire les signes religieux ostentatoires sur la voie publique ? J'aime me rappeler que si la République française est laïque, c'est pour permettre à tous ses citoyens d'avoir la liberté d'avoir une religion ou de ne pas en avoir, et d'avoir la liberté de la pratiquer, y compris dans ses manifestations publiques. Si l'État n'a pas de religion, c'est pour permettre à chacun de choisir d'en avoir une ou de ne pas en avoir. La liberté religieuse, composante essentielle des droits de l'homme, elle n'est pas une simple liberté de conviction, mais elle est également une liberté de culte et une liberté de manifester publiquement son appartenance religieuse.
Voilà ce que je peux dire ce matin sur ce sujet. Je n'ai pas de décision arrêtée, juste des questions et des réflexions. Ce qui est sûr, c'est que s'il y a un projet de loi qui est présenté à l'Assemblée Nationale et au Sénat, il nous faudra y être particulièrement attentifs.

Bonne journée.

P. David Journault

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