"Rien ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus Christ, notre Seigneur."
Épître aux Romains 8,39

"Allons mon âme, tu vas converser avec le Bon Dieu, travailler avec lui, marcher avec lui.
Tu travailleras mais Il bénira ton travail. Tu marcheras mais Il bénira tes pas. Tu souffriras mais Il bénira tes larmes."
St Jean-Marie Vianney, Curé d'Ars

Musique et autres nouveautés...

Vous pouvez aussi retrouver en bas de page les horaires des messes de ma paroisse...

jeudi 29 octobre 2009

Une prière pour les curés et les prêtres

Voilà une prière qui m'a été donnée lors de notre dernière session de formation des jeunes prêtres de la Province de Rennes. Dans son vocabulaire, elle date peut-être un peu, mais je la trouve intéressante. Au passage, j'en profite pour rappeler que "curé" et "prêtre" ne sont pas équivalent : tous les curés sont prêtres, mais tous les prêtres ne sont pas curés. Un curé est un prêtre qui est responsable d'une paroisse.

Je vous livre cette prière... à vous d'en faire bon usage !

PRIÈRE POUR LES PRÊTRES

Tout d’abord, Seigneur, nous te remercions de ce que des hommes aient accepté de devenir nos curés et nos vicaires.
Merci, Seigneur, pour les défauts de nos curés. Des gens parfaits supportent mal la faiblesse.
Des gens toujours en bonne santé méprisent les petites natures.

Et maintenant; Seigneur, nous te prions pour le ministère de nos curés.
Fais que, s’ils réussissent, ils ne triomphent pas, et que, s’ils échouent, ils ne se découragent pas.
Ton règne n’est ni dans le succès ni dans l’échec, il est dans l’amour.
Garde nos curés dans l’amour.

Nos curés sont des phénomènes.
Ils doivent être des pédagogues pour les enfants,
des spécialistes des questions du foyer pour les jeunes ménages,
des spécialistes psychologues pour la jeunesse.
Ils doivent, aux réunions d’hommes, traiter du problème de l’Eglise en professeurs ;
aux réunions de dames, ils doivent discuter du dernier roman à la mode,
sous peine de passer pour de gros lourds ;
et avec les ouvriers, traiter du conflit « capital-travail » dans ses moindres détails.
Avec les non-catholiques, ils doivent être théologiens à la fois fermes et larges, et des historiens avisés. Avec la J.O.C..... Mais je n’en finirais pas !

J’oubliais qu’ils doivent répondre dans la rue à tous les saluts,
sans avoir cependant des yeux à facettes comme tout insecte qui se respecte.
J’oubliais que, s’ils nous reçoivent, ils doivent être souriants, même s’ils sont à moitié morts de fatigue.
J’oubliais aussi qu’ils doivent être, chaque dimanche, orateurs, chanteurs et parfois organistes, et qu’en semaine, il leur faut être électriciens, menuisiers, peintres, serruriers...

Seigneur, fais que ces « spécialistes universels », nous les jugions avec l’indulgence que requiert ce programme incohérent et inhumain.
Fais que nous comprenions que si, sur quatorze spécialités, notre prêtre en réussit la moitié ou le quart, nous en soyons satisfaits.

Seigneur, je veux aussi te demander la charité envers nos prêtres, en pensées et surtout en paroles.
Si mon curé fait des réunions féminines,
fais que je n’aille pas dire que la paroisse est gouvernée par le sexe qui passe pour faible.
Si mon curé réussit auprès des enfants, que je ne conclue pas qu’il a une religion de gosse.
Si mon curé est gros, que je ne pense pas qu’il ne se prive de rien ;
et s’il est maigre, qu’il se conduit mal, qu’il est rongé de remords ou se bat avec ses vicaires.

Donne-moi, Seigneur, de lui pardonner ses impatiences ou ses erreurs.
Que je comprenne bien que je n’ai qu’un curé à supporter, et que lui a tous ses paroissiens sur le dos.
Donne-moi enfin, Seigneur, de lui fournir de temps en temps, par ma délicatesse,
la consolation de sentir qu’il n’est pas entouré que de consommation, d’indifférence ou d’hostilité.
Enfin, Seigneur, donne-moi la persévérance dans ma prière pour les prêtres.
Ce sera, sans doute, le meilleur de tout.

Amen.

jeudi 22 octobre 2009

Bulletin paroissial n°34 - Toussaint 2009

Le nouveau numéro du bulletin paroissial de la paroisse "La Trinité - Avesnières - Cordeliers" est maintenant disponible. Tiré à 7500 exemplaires, il est distribué par des bénévoles de la paroisse dans toutes les boites aux lettres du territoire paroissial.
Vous pouvez le télécharger au format PDF en cliquant ICI.
Bonne lecture !

A propos de la mort et de la résurrection...

Bonjour,
Je suis en train de relire le magnifique livre du Père François Varillon intitulé "Joie de croire, joie de vivre". Il se trouve que cette lecture entre en dialogue avec des discussions que j'ai pu avoir avec les uns ou les autres. Je me permets donc de reproduire ici quelques pages du P. Varillon que je trouve éclairantes... Bonne lecture.


Le Christ est ressuscité des morts et monté aux cieux

François Varillon, Joie de Croire, Joie de Vivre, Le Centurion, Paris, 1981, pp. 94-99.

La résurrection


Nous allons étudier le sens, la signification du Mystère. Une phrase suffit, je pense, à dire l’essentiel : « L’amour est plus fort que la mort, à condition qu’il soit d’abord plus fort que la vie. » L’amour plus fort que la vie, c’est le sacrifice et c’est la mort ; l’amour plus fort que la mort, c’est la résurrection. En d’autres termes, le sacrifice, qui est une mort partielle, et la mort qui est le sacrifice total transforment la vie selon la chair et le sang en vie selon l’esprit. Le mystère pascal – mort et résurrection ensemble – est un mystère de transformation, la transformation de l’homme charnel en homme spirituel et même proprement divin par participation.

L’amour est un désir d’immortalité

Pour comprendre cela, il faut, comme toujours, partir de l’expérience et réfléchir sur l’expérience éclairée par la foi. C’est bien l’expérience que nous avons de l’amour qui nous persuade qu’il y a dans l’homme un incoercible désir d’immortalité.
Je ne sais pas si l’immortalité de l’âme peut être établie par un argument philosophique. On peut en douter. Naguère les philosophes chrétiens, disons plutôt les chrétiens professeurs de philosophie (au moins dans l’enseignement secondaire) n’en doutaient pas. Ils enseignaient ceci : ce qui est spirituel est incorruptible ; or l’âme est spirituelle ; donc l’âme est incorruptible, c’est-à-dire immortelle. C’était tout simple. Aujourd’hui nous allons moins vite en besogne, et nous récusons la trop commode dualité de l’âme et du corps. Nous pensons que Gabriel Marcel a raison de nous mettre en garde contre la formule : « J’ai un corps » à laquelle il faut préférer, dit-il, la formule : « Je suis mon corps. » Ce qui veut dire que le corps et l’âme ne sont pas deux réalités dissociables  : l’âme n’est rien sans le corps. C’est pourquoi l’athéisme nie toute immortalité.
Mais le même Gabriel Marcel, qui est chrétien et qui a écrit des pages admirables sur l’espérance, pose autrement la question de l’immortalité. Comme le faisait déjà saint Augustin dans ses Confessions, il affirme l’immortalité à partir de l’expérience de la mort d’un être aimé. Il faut bien accepter, dit-il, la mort de l’être qui nous est cher, époux ou épouse, enfant ou frère ou ami, mais en son fond cette mort est inacceptable.
Il précise : non pas inacceptable par revendication du cœur, non pas à cause de la souffrance, mais par protestation de l’esprit. Le cœur souffre, mais il dit oui. Ou s’il dit non, c’est qu’il se révolte ; mais il se révolte en vain. Tandis que l’esprit ne peut pas ne pas dire non. Pourquoi? Parce que dire à quelqu’un : « Je t’aime », c’est équivalemment lui dire : « Tu ne mourras pas. » Dans le « Je t’aime » authentique (et certes il faut souligner « authentique », car nous savons assez que « je t’aime » est bien souvent prononcé à la légère, au niveau des fibres les plus superficielles de l’être), est inscrit d’une écriture énigmatique un « Tu ne mourras pas » qui résiste mystérieusement au désespoir de la perte et à l’évidence sensible de la mort.
Comme le dit Étienne Borne, Gabriel Marcel donne ses lettres de noblesse philosophique au fameux « Salut en l’immortalité » que Baudelaire, dans Les Fleurs du mal, adresse « à la très chère, à la très belle ». On connaît l’admirable poème intitulé Hymne :

A la très chère, à la très belle,
Qui remplit mon cœur de clarté,
A l’ange, à l’idole immortelle,
Salut en l’immortalité!

Elle se répand dans ma vie
Comme un air imprégné de sel,
Et dans mon âme inassouvie
Verse le goût de l’éternel.

Comment, amour incorruptible,
T’exprimer avec vérité ?
Grain de musc qui gis, invisible,
Au fond de mon éternité!

A la très bonne, à la très belle,
Qui fait ma joie et ma santé,
A l’ange, à l’idole immortelle,
Salut en l’immortalité!

Les jeunes gens, qui aiment Baudelaire et qui souvent sont amoureux très tôt, devraient bien recueillir la leçon que leur donne le poète, leçon d’authenticité dans l’amour : l’amour authentique est incorruptible, indestructible ; il exige de l’être ; il est comme un appel d’infini (au sens où l’on parle d’un appel d’air). Mais si l’amour exige l’infini, il ne peut le donner. Il dit à l’être aimé : « Tu ne mourras pas », mais l’être aimé meurt. Il prétend à l’éternité (comme dit Baudelaire, il verse en nous le goût de l’éternel), mais, en réalité, il fait partie du monde de la mort, il est enfermé comme nous dans le cercle de la mortalité, avec sa solitude et sa puissance de destruction[1]. Le paradoxe est violent.

Survivre par soi ou en un autre?

C’est à partir de ce paradoxe que nous vivons tous plus ou moins, que nous pouvons comprendre ce que signifie le mystère chrétien de la résurrection. C’est le triomphe de l’amour sur la mort : c’est l’amour plus fort que la mort. Mais comment l’amour peut-il être plus fort que la mort ? Qu’est-ce qui peut me rendre immortel ? Car enfin il est certain que je tomberai en poussière ; rien ne peut faire que je ne sois voué à la mort. Je ne peux survivre qu’en un autre, un autre qui subsiste encore quand moi je ne subsiste plus.
Il faut bien comprendre pourquoi la Bible lie étroitement le péché et la mort, pourquoi saint Paul par exemple affirme que « la mort est le salaire du péché ». Le péché, en son essence, est une affirmation d’autarcie ; le pécheur est celui qui veut être « comme Dieu », c’est-à-dire subsister éternellement en lui-même et par lui-même. Or l’homme ne peut pas subsister en soi et par soi : vouloir cela, aspirer à cela, c’est en réalité se livrer à la mort.
Mais comment subsister en un autre, ou en d’autres ? Il y a plusieurs voies possibles. L’homme les a toutes essayées. Il y en a surtout deux.
D’abord on veut survivre en ses enfants, se prolonger, comme on dit, dans ses enfants et petits-enfants. C’est bien pourquoi les peuples primitifs ont toujours considéré le célibat et la stérilité comme une malédiction : n’avoir pas d’enfant, c’est l’impossibilité de survivre ; et avoir beaucoup d’enfants, c’est avoir plus de chance de survivre, c’est une bénédiction.
Ensuite on cherche à survivre dans la mémoire des hommes, on aspire à la gloire. Et l’on dit bien, en effet, quand on entend Mozart ou quand on contemple Rembrandt, qu’ils sont toujours vivants parmi nous. Manière de parler, certes ! Nul ne s’y trompe : ni Rembrandt ni Mozart ne sont eux-mêmes vivants ; et moi, qui les écoute ou les contemple, je ne les écouterai ni ne les contemplerai toujours ; je les rejoindrai dans une des innombrables nécropoles qui couvrent la terre.
Au vrai, je ne puis survivre en un autre que s’il existe un Autre qui soit lui-même éternel, et qui m’aime assez pour m’accueillir en Lui. On ne peut être immortel qu’en Dieu, si Dieu est Amour. Seul un Dieu qui m’aime a la puissance, non pas de m’empêcher de mourir, mais de me ressusciter. Seul l’amour est plus fort que la mort.
Encore faut-il qu’en moi l’amour ait été plus fort que la vie. Le mot est dans l’Évangile sous la forme suivante : « Il n’y a pas de plus grand amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime » (Jn 15, 13). C’est la définition même de la liberté. Être libre, c’est n’être pas esclave (c’est une vérité de La Palice !). Mais de quoi l’homme fait de chair et de sang est-il le plus esclave, sinon d’un vouloir-vivre selon la chair et le sang ? Nous savons bien qu’être lâche, c’est toujours, d’une manière ou d’une autre, dans les petites comme dans les grandes circonstances, avoir le souci prédominant de préserver son bien-être, sa fortune, ses privilèges, sa position en ce monde, sa santé, en un mot ce qu’on appelle la vie. On est esclave quand on se cramponne à ce qu’on est et à ce qu’on a.

En Jésus seul, l’amour est plus fort que la vie

Platon disait : « Seul est digne d’exister celui qui est digne d’être aimé. » Ce que Platon ne savait pas, et que nous, chrétiens, nous croyons de toute notre âme, c’est que seul est digne d’être aimé celui qui aime. Donc seul est digne d’exister celui qui aime. Car celui-là seul est libre, celui-là seul est un homme.
Mais, dans l’histoire de l’humanité, un seul fut absolument libre parce qu’un seul a parfaitement aimé. Un seul est homme en plénitude. Nous, nous nous efforçons d’aimer ; nous construisons péniblement, à longueur de jours et d’années, notre liberté ; nous demeurons esclaves de beaucoup de choses et en bien des manières ; nous nous accrochons à notre avoir et à tout ce que nous savons bien qui doit mourir ; nous collons à la vie en forme d’esclavage et donc de mortalité. Nous sommes attachés plus que détachés. En nous la vie, la vie présente, la vie biologique, la vie mortelle est plus forte que l’amour.
En Jésus seul (je laisse de côté le cas de Marie sa mère), l’amour a été plus fort que la vie. Sa mort est la mort d’un homme absolument libre, absolument détaché de soi et de tout, totalement aimant. Comment Dieu ne l’accueillerait-il pas en Lui, afin qu’il vive éternellement en Lui ? Le Christ n’a vécu que par le Père et pour le Père, donc en un Autre plus qu’en soi. C’est cela, l’amour : vivre en un autre. Mais vivre en un autre, c’est bien mourir à soi. Dire que Jésus est ressuscité, ou que le Père a ressuscité Jésus, c’est donc dire que, pour cet homme pleinement homme en qui l’amour a été plus fort que la vie, l’amour est pour toujours plus fort que la mort. Il est ressuscité, il est Vivant.
Nous sommes donc en mesure de comprendre cette proposition qui tout à l’heure nous a peut-être semblé quelque peu sibylline : l’amour est plus fort que la mort, à condition qu’il soit d’abord plus fort que la vie.

Le Christ ressuscité fonde notre immortalité

Pour nous qui sommes pécheurs, qui aimons peu et mal parce que nous tenons très fort à la chair et au sang, pour nous qui ne préférons les autres à nous-mêmes que très partiellement, et en nous faisant beaucoup d’illusions, il est clair que, si nous étions laissés à nous-mêmes, nous ne pourrions pas ressusciter. Et finalement l’existence humaine serait absurde, car le « Tu ne mourras pas » que nous disons implicitement à ceux que nous aimons serait un vœu à jamais inexaucé. Mais le Christ ressuscité nous dit, Lui : « Tu ne mourras pas. » Il nous le dit, puisqu’il nous dit : « Je t’aime. »
Pourvu que nous ne soyons pas totalement enfermés dans notre égoïsme – ce qui est éventuellement le cas des damnés –, il y a en nous, enfoui peut-être au plus profond de notre être, et caché à tous les yeux sauf aux siens, quelque chose qui est digne d’être aimé, donc d’exister éternellement. C’est ce point mystérieux de nous-mêmes, dont nous pouvons espérer qu’il existait en Judas, en Hitler, en Staline, que le Christ rejoint dans sa Toute-Puissance de pardon. Pardonner, ce n’est pas passer l’éponge. Pardonner, c’est recréer, refaire, ressusciter. En nous pardonnant le Christ nous ressuscite, nous rend, en dépit de notre monstrueuse médiocrité, capables de vie divine éternelle. Il faut s’efforcer d’entendre, dans le recueillement priant, dans le silence attentif de la foi, le Christ qui nous dit : « Tu ne mourras pas. » C’est lui, et lui seul, qui fonde notre immortalité.
La vie ressuscitée est une vie transformée, ou, si l’on préfère, transfigurée. « La figure de ce monde passe », dit saint Paul (1 Co 7,31). La figure seulement. « Il est surprenant, écrivait le Père Teilhard de Chardin, que si peu d’esprits parviennent... à saisir la notion de transformation. Tantôt la chose transformée leur paraît être la chose ancienne inchangée, tantôt ils n’y perçoivent que de l’entièrement nouveau. »
Au ciel, nous demeurerons nous-mêmes ; c’est bien moi, et non un autre que moi, qui verrai Dieu dans sa gloire et qui vivrai de sa vie, aimant comme Il aime. Nous ne serons pas absorbés, annihilés, mais portés à un état tout autre, refondus, métamorphosés, transfigurés. Je ne serai pas un autre, je serai bien moi, mais devenu tout autre. « Notre corps, dit le Père de Lubac, n’est pas destiné, par l’effet de la résurrection qui nous est promise, à un recommencement sans fin de son existence terrestre et charnelle, plus ou moins sublimée seulement par des propriétés miraculeuses ; notre corps est promis, non à une quelconque réanimation, mais à une totale métamorphose, qui doit faire de lui, comme dit saint Paul, un « corps spirituel ». Or ce qui est vrai de notre corps individuel n’est pas moins vrai de ce vaste corps collectif que l’humanité se construit à travers les générations. Sa forme actuelle (sa« figure» actuelle) est provisoire... L’Univers est promis, lui aussi, dans l’Esprit Saint, à la grande Métamorphose» (le Père Teilhard écrivait « Métamorphose » avec une majuscule, tant le mot avait pour lui d’importance).


[1] J. Ratzinger, Foi chrétienne hier et aujourd’hui, p. 213-216.

dimanche 18 octobre 2009

18 octobre... pas d'homélie !

Bonjour,
Pas d'homélie pour ce dimanche 18 octobre, puisque je suis absent de ma paroisse : ma nièce, qui est aussi ma filleule, reçoit aujourd'hui le sacrement de la Confirmation.

dimanche 11 octobre 2009

Canonisations de Jeanne Jugan et Damien de Veuster

Aujourd'hui à Rome le Pape Benoît XVI présidera la célébration de la canonisation de cinq nouveaux saints :
  • Zygmunt Szczesny Felinski (1822-1895), Polonais, évêque, fondateur de la Congrégation des Sœurs franciscaines de la famille de Marie.
  • Francisco Coll y Guitart (1812-1875), Espagnol, prêtre de l'ordre des Frères Prêcheurs (dominicains), fondateur de la Congrégation des Sœurs dominicaines de l'Annonciation de la Bienheureuse Vierge Marie.
  • Jozef Damiann de Veuster (1840-1889), dit "Père Damien", Belge, prêtre de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et Marie et de l'Adoration Perpétuelle du Saint-Sacrement (Picpus)
  • Rafael Arnaiz Baron (1911-1983), religieux de l'Ordre Cistercien de la Stricte Observance
  • Marie de la Croix (Jeanne) Jugan (1792-1879), vierge, fondatrice de la Congrégation des Petites Soeurs des Pauvres
Je vous propose ci-dessous les biographies du Père Damien et de Jeanne Jugan. Pourquoi eux ? Parce que le Père Damien faisait partie de la même famille religieuse que les sœurs qui fondèrent à Laval l'établissement scolaire qui est maintenant le Lycée Haute-Follis, sur ma paroisse, et Jeanne Jugan, car ses sœurs ont été présentes pendant 120 ans à Laval, jusqu'en 1971. Ces biographies sont tirées des documents officiels des canonisations.





JOSEPH DE VEUSTER, le futur Père Damien ss.cc., est né à Tremelo, en Belgique, le 3 janvier 1840, dans une famille nombreuse d’agriculteurs-commerçants. Quand son frère aîné entra dans la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie, alors que son père le destinait à prendre la tête de l’exploitation familiale, il décide pourtant lui aussi d’entrer en religion et commence, début 1859, son noviciat à Louvain dans le couvent de son frère. Il y prend le nom de Damien.

En1863, son frère, qui devait partir pour la mission des îles Hawaï, tombe malade. Les préparatifs du voyage ayant déjà été faits, Damien obtient du Supérieur général la permission de prendre la place de son frère. Il débarque à Honolulu le 19 mars 1864 où il est ordonné prêtre le 21 mai suivant. Corps et âme, il se jette sans tarder dans la rude vie de «missionnaire de campagne» à Hawaï, la plus grande des îles de l’archipel.

En ce temps-là, pour freiner la propagation de la lèpre, le gouvernement avait décidé la déportation à Molokaï, une île voisine, de tous ceux et celles qui étaient atteints de ce mal alors incurable. Leur sort préoccupe toute la mission. L’évêque, Mgr Louis Maigret ss.cc., en parle à ses prêtres. Il ne veut y envoyer personne au nom de l’obéissance, sachant qu’un tel ordre signifierait une mort certaine. Quatre confrères se présentent : ils iront à tour de rôle visiter et assister les malheureux lépreux dans leur détresse. Damien est le premier à partir ; c’est le 10 mai 1873. A sa demande et selon le désir des lépreux, il reste définitivement à Molokaï. Atteint lui aussi de la lèpre, il meurt le 15 avril 1889. Ses restes sont rapatriés en 1936 et déposés dans la crypte de l’église de la Congrégation des Sacrés-Cœurs de Jésus et de Marie à Louvain.

Damien est universellement connu pour être allé partager librement la vie des lépreux séquestrés sur la péninsule de Kalaupapa à Molokaï. Son départ pour « l’île maudite », l’annonce de sa maladie en 1885, et celle de sa mort, ont profondément impressionné ses contemporains de toute confession. Depuis sa disparition, le monde entier n’a cessé de voir en lui un modèle et un héros de la charité. Celui qui s’identifiait aux lépreux au point de dire « nous autres lépreux », continue à inspirer des milliers de croyants et de non-croyants, désireux de l’imiter et cherchant à découvrir la source de son héroïsme.

Témoin et serviteur... sans retour !

La vie du P. Damien nous révèle que sa générosité l’a constamment porté à adhérer à une initiative reconnue comme étant celle de la Providence. Les multiples circonstances de sa vie sont autant de signes et d’appels qu’il a su voir et comprendre. En les suivant avec toute la force de son énergie, il a conscience d’accomplir la volonté de Dieu. « Persuadé que le bon Dieu ne me demande pas l’impossible, je vais tout rondement en tout sans me troubler.... » (Lettre au Père Général,21.XII.1866). C’est ainsi qu’au cours d’une retraite à Braine-le-Comte, il décide de suivre l’appel de Dieu pour la vie religieuse. Il entre dans la Congrégation où l’a précédé son frère. La maladie de ce dernier lui offre l’occasion de se présenter pour partir à sa place. Sa demande est acceptée et il s’embarque pour Hawaï. Là-bas l’évêque évoque le sort des lépreux de Molokaï. Damien se porte volontaire pour les servir.

Damien conçoit sa présence au milieu des lépreux comme celle d’un père au milieu de ses enfants. Il connaît les risques d’une fréquentation quotidienne avec ses malades. Prenant toutes les précautions raisonnables, il peut, pendant plus d’une dizaine d’années, échapper à la contagion. Elle finit pourtant par l’atteindre. Se ressaisissant dans sa confiance en Dieu, il déclare alors : « Je suis heureux et content, et si l’on me laissait le choix de m’en aller d’ici pour guérir, je répondrais sans hésitation : je reste avec mes lépreux toute ma vie ».
Médecin des corps et des âmes

Poussé par son désir de soulager la souffrance des lépreux, Damien s’intéresse aux progrès de la science. Il expérimente sur lui-même des nouveaux traitements. Jour après jour, il soigne les malades, panse leurs plaies hideuses. Il réconforte les mourants, enterre dans le cimetière, qu’il appelle « le jardin des morts », ceux qui ont achevé leur calvaire.

Connaissant l’impact de la presse, il n’hésite pas à encourager deux de ses correspondants qui publient livres et articles sur les lépreux de Molokaï. De là naît un grand mouvement de solidarité qui permet d’améliorer encore leur sort.

Sa familiarité avec la souffrance et la mort a affiné en lui le sens de la vie. La paix et l’harmonie profonde qui l’habitent se communiquent alentour. Sa bonté est rayonnante. « Je fais l’impossible, dit-il, pour me montrer toujours gai, pour animer l’âme de mes malades ». Sa foi, son optimisme, sa disponibilité touchent les cœurs. Tous se sentent invités à partager sa joie de vivre, à dépasser, dans la foi, les limites de leur misère en même temps que celles du bout de terre où ils vivent. Appelés à rencontrer un Dieu qui les aime, ils en découvrent, en leur cher Kamiano, l’affectueuse proximité.

Bâtisseur de communautés

« L’enfer de Molokaï », fait d’égoïsme, de désespoir et d’immoralité, se transforme, grâce à Damien, en une communauté qui étonne même le gouvernement. Équipements collectifs, maisons, orphelinats, églises : tout est fait avec l’aide des plus valides. L’hôpital est agrandi, le débarcadère et ses voies d’accès sont aménagés. Une conduite d’eau est posée. Damien ouvre un magasin où les malades peuvent s’approvisionner gratuitement. Il amène son monde à cultiver la terre, à faire pousser des fleurs. Pour les loisirs de ses lépreux, il crée même une fanfare....

Ainsi grâce à sa présence et à son action, ces laissés-pour-compte redécouvrent la joie d’être ensemble. Le don de soi, la fidélité, les valeurs familiales reprennent un sens. L’acceptation de l’autre par nécessité ou par contrainte fait place au respect dû à tout être humain, même horriblement défiguré par la lèpre. Damien leur fait découvrir qu’aux yeux de Dieu tout être humain est infiniment précieux, puisqu’il l’aime comme un Père et qu’en lui tous se découvrent sœurs et frères.

Il est aisé de comprendre que cet homme de communion a dû souffrir de l’absence à ses côtés d’un confrère dont il n’a cessé de réclamer la présence.

Apôtre des « lépreux »

C’est à son cœur de prêtre et de missionnaire qu’a retenti l’appel à servir les lépreux. « Ils sont très hideux à voir, mais ils ont une âme rachetée au prix du sang adorable de notre divin Sauveur. » Damien les fera bénéficier de toutes les richesses de son ministère sacerdotal, les réconciliant avec Dieu et avec eux-mêmes, leur assurant le moyen d’unir leurs souffrances à celles du Christ par la communion à son Corps et à son Sang. Baptêmes, mariages et enterrements sont célébrés avec le souci, d’ouvrir les esprits et les cœurs aux dimensions universelles de l’Église du Christ. Rejetés par la société, les lépreux de Molokaï découvrent que leur maladie leur vaut la sollicitude d’un cœur de prêtre qui leur est totalement dévoué. « Mon plus grand bonheur est de servir le Seigneur dans ses pauvres enfants malades, repoussés par les autres hommes ».

Semeur d’œcuménisme

Damien est avant tout un missionnaire catholique, tout en étant homme de son temps. Convaincu de sa foi, il respecte cependant les convictions religieuses des autres, il les accepte en tant que personnes et reçoit avec joie leur collaboration et leur aide. Le cœur largement ouvert à la plus abjecte misère humaine, il ne fait nulle différence dans son approche et ses soins aux lépreux. Dans ses activités paroissiales ou caritatives, il y a place pour tout le monde. Il compte parmi ses amis — et des meilleurs — le luthérien Meyer, surintendant de la léproserie, l’anglican Clifford, peintre, le libre-penseur Mouritz, médecin à Molokaï, le bouddhiste Goto, léprologue japonais.

Damien est bien plus qu’un philanthrope ou le héros d’un jour ! Les uns et les autres, reconnaissent en lui le serviteur de Dieu, comme il s’est toujours manifesté et respectent sa passion pour le salut des âmes.

L’homme de l’eucharistie

« Le monde de la politique et de la presse ne connaît que peu de héros comparables au Père Damien de Molokaï. Il vaudrait la peine de chercher la source d’inspiration de tant d’héroïsme ! ».Voilà comment le Mahatma Gandhi résume les questions que suscite sa vie !

La réponse nous la trouvons dans sa foi qu’il a vécue comme religieux des Sacrés-Cœurs. Damien a reçu la grâce de contempler, de vivre et d’annoncer l’amour miséricordieux de Dieu révélé en Jésus et auquel nous conduit la Vierge Marie. Pour accomplir cette mission, son expérience personnelle, renforcée par la tradition de sa Congrégation, lui fait trouver cette force à la source même de l’amour et de la vie, l’Eucharistie : Jésus, devenu pain de vie, présence vivante et réconfortante de l’amour de Dieu.

Son imitation de Jésus le pousse à s’identifier à ses ouailles. Grâce à l’amour de celui qui ne nous abandonne jamais, il reste fidèle jusqu’au bout, au-delà de la maladie cruelle, de la solitude pénible, des critiques injustes, et de l’incompréhension des siens...

Son témoignage est incontestable : « Sans la présence de notre divin Maître dans ma petite chapelle, je n’aurais jamais pu maintenir mon sort uni à celui des lépreux de Molokaï ».

La voix des sans-voix

Une telle présence au sein des exclus de ce monde, ne pouvait qu’interpeller les consciences. Moins de deux mois après la mort de Damien, se fonde à Londres le « Leprosy Fund », première organisation de lutte contre la lèpre. Rien ne peut justifier l’isolement et l’abandon d’un être humain. « Nous autres lépreux » n’est pas une figure de style,mais la vérité d’une identification avec ceux qui, malgré leur maladie, ne cessent pas d’avoir droit au respect, à la dignité, à l’amour. En partageant la vie des lépreux, en devenant finalement lépreux lui-même, Damien lance un vibrant appel à la solidarité vis-à-vis de tous ceux qu’une maladie, un handicap ou un échec risquent de marginaliser.

Héraut de l’espérance

La vie et la mort de Damien sont des faits prophétiques. S’ils dénoncent des attitudes contraires au respect des droits de l’homme, ils sont aussi un appel à l’espérance.

Aujourd’hui comme alors, le monde connaît des exclus de tous genres : malades incurables — sidéens ou autres —, enfants abandonnés, jeunes désorientés, femmes exploitées, vieillards délaissés, minorités opprimées... pour tous Damien reste la voix qui rappelle que l’amour infini de Dieu est tout à la fois compassion, confiance et espérance et qui dénonce les injustices. En Damien tous peuvent retrouver le héraut de la bonne Nouvelle. Bon Samaritain, il s’est penché sur ceux que la maladie avait rejetés au bord du chemin. C’est à ce titre que Damien est un exemple pour tout homme et toute femme qui désire s’engager dans la lutte pour un monde plus juste, plus humain, plus conforme au cœur de Dieu.

Serviteur de Dieu, Damien est et restera pour tous le serviteur de l’homme qui plus encore que de vivre a besoin de raison de vivre. Voilà le Damien qui aujourd’hui encore nous défie.



JEANNE JUGAN naît en Bretagne, à Cancale (France), le 25 octobre 1792, en pleine tourmente révolutionnaire, sixième enfant d'une famille de huit dont quatre mourront en bas âge. Son père, marin pêcheur, disparaît en mer alors qu'elle n'a que quatre ans. Sa mère, désormais, élèvera seule ses quatre enfants.
 

De sa mère, de son terroir natal, Jeanne héritera une foi vive et profonde, un caractère affirmé, une force d'âme qu'aucune difficulté ne parviendra à ébranler. Voici ce qu'on a pu écrire de la foi des Cancalais : « Malgré la persécution, le peuple cancalais avait gardé sa foi. Par une nuit profonde, dans un grenier ou une grange, ou même au milieu de la campagne, les fidèles se réunissaient, et là, dans le silence de la nuit, le recteur réfractaire offrait le saint-sacrifice et baptisait les enfants. Mais ce bonheur était rare, il y avait tant de dangers » .
A cause du climat politique et des difficultés économiques, Jeanne ne peut aller à l'école. Elle apprendra à lire et à écrire tout en apprenant son catéchisme, grâce aux tertiaires eudistes très répandues dans la région. Jeanne appartient à ce monde des pauvres et des petits où, tôt, on connaît la loi du travail. Encore enfant, tout en priant son chapelet, elle garde les troupeaux sur la hauteur qui domine la baie de Cancale, dans un site de beauté qui élève et agrandit son âme. De retour à la maison, elle aide sa mère dans les tâches domestiques. A 15 ans, elle part travailler à 5 km de Cancale dans une maison bourgeoise où, avec la propriétaire, elle ira à la rencontre des nécessiteux. Pauvre elle-même, elle dut deviner quelque chose de l'humiliation que l'on éprouve à être assisté. Elle est aussi mise en contact avec un milieu social différent du sien.
 

1801 marque une étape importante pour l'Église de France. En signant le Concordat, le 16 juillet, Bonaparte autorise de nouveau la liberté de culte. C'est un véritable réveil spirituel. En 1803, à St Servan (commune de St Malo), l'évêque de Rennes donne la confirmation à plus de 1500 personnes. Beaucoup de missions ont lieu, du type de celles données dans les siècles précédents par St Vincent de Paul, St Jean Eudes ou St Louis-Marie Grignion de Montfort, pour aider à la renaissance religieuse. Une mission a lieu à Cancale en 1816, une autre à St Servan en 1817. L'éloquence des prêtres était « si forte, si pressante, si persuasive que dès 5h du matin jusqu'à19h, nos églises étaient beaucoup trop petites ».
 

C'est dans ce climat de ferveur que Jeanne entend l'appel du Seigneur. Au jeune homme qui la demande en mariage, elle répond : « Dieu me veut pour lui. Il me garde pour une œuvre qui n'est pas connue, pour une œuvre qui n'est pas encore fondée ». Et comme réponse immédiate, elle fait deux parts de ses vêtements, laisse les plus beaux à ses sœurs et part pour St Servan où, durant 6 ans, son travail d'aide-infirmière la mettra au contact de la misère physique et morale. Elle demande aussi à appartenir au Tiers-Ordre eudiste. Elle y découvrira un christianisme du cœur : « N'avoir qu'une vie, qu'un cœur, qu'une âme, qu'une volonté avec Jésus ». Elle y fera l'expérience d'une vie à la fois active et contemplative centrée sur Jésus. Dès lors, elle n'aura plus qu'un désir : « être humble comme Jésus l'a été ». C'est sa grâce personnelle, la touche qui la caractérise et à laquelle elle répondra de tout son cœur.
 

Après une épreuve de santé, Jeanne doit quitter l'hôpital et est accueillie par une amie tertiaire, Mlle Lecoq, qu'elle servira pendant 12 années, jusqu'à sa mort en 1835.
 

En 1839, elle a 47 ans et partage un petit deux-pièces avec deux amies : Françoise Aubert, dite Fanchon, 71 ans, et Virginie Trédaniel, jeune orpheline de 17 ans. La situation économique est des plus mauvaises à St Servan. Sur 10.000 habitants, 4.000 vivent de mendicité. Un bureau de bienfaisance est fondé par l'administration locale. Ne pourront y avoir recours que les pauvres de la commune, à condition de porter au cou un écriteau mentionnant « Pauvre de St Servan ». C'est au plus creux de cette misère que Jeanne va se situer. Dieu l'a attendue dans le pauvre, elle va le rencontrer dans le pauvre. Un soir d'hiver 1839, Jeanne, émue, rencontre une pauvre femme, âgée, aveugle et infirme, qui vient de perdre son unique appui. Jeanne n'hésite pas une seconde. Elle la prend dans ses bras, lui donne son lit et s'en va dormir au grenier. C'est l'étincelle initiale d'un grand feu de charité. Désormais, plus rien ne l'arrêtera. En 1841, elle loue une grande pièce où elle accueille 12 personnes âgées. Des jeunes filles se joignent à elle. En 1842, elle achète — sans argent — un vieux couvent en ruines où bientôt 40 personnes âgées seront hébergées. Pour faire face au problème financier et encouragée par un Frère de St-Jean-de-Dieu, Jeanne se lance sur les routes, panier au bras. Elle se fait mendiante pour les pauvres et fonde son œuvre sur l'abandon à la Providence. En 1845, elle se voit décerner par l'Académie française le Prix Montyon qui récompensait chaque année « un français pauvre ayant fait dans l'année l'action la plus vertueuse ». Puis ce sont les fondations de Rennes et de Dinan en 1846, celle de Tours en 1847, d'Angers en 1850. Nous ne mentionnons ici que les fondations auxquelles Jeanne a participé, car très vite la Congrégation va se répandre en Europe, en Amérique, en Afrique, puis peu de temps après sa mort en Asie et en Océanie.
 

Mais cette fécondité est le fruit d'un dépouillement total, radical. En 1843, alors que Jeanne venait d'être réélue supérieure, contre toute attente et par sa seule autorité, l'abbé Le Pailleur, conseiller de la première heure, casse l'élection et nomme Marie Jamet (21 ans) à sa place. Jeanne y voit la volonté de Dieu et se soumet. Désormais et jusqu'en 1852, c'est par la quête qu'elle soutiendra son œuvre, allant d'une maison à l'autre, encourageant par son exemple les jeunes sœurs encore inexpérimentées, obtenant les autorisations officielles nécessaires à la survie de l'Institut.
 

En 1852, l'évêque de Rennes reconnaît officiellement la Congrégation et nomme l'abbé Le Pailleur supérieur général de l'Institut. Son premier geste sera de rappeler définitivement Jeanne Jugan à la maison mère pour une retraite qui durera 27 longues années. Mystère d'enfouissement. A la fin de sa vie, les jeunes sœurs ne sauront même plus qu'elle est la fondatrice. Mais Jeanne, vivant au milieu des novices et postulantes de plus en plus nombreuses en raison de l'extension de la Congrégation, transmettra par sa sérénité, sa sagesse et ses conseils le charisme qui l'habite et qu'elle a reçu du Seigneur. Et cela, dans un constant esprit de louange. Elle pouvait dire en vérité : « Petites, soyez bien petites » ; « C'est si beau d'être pauvre, de ne rien avoir, de tout attendre du bon Dieu » ; « Aimez bien le bon Dieu, il est si bon. Confions-nous en lui » ; « N'oubliez jamais que le Pauvre, c'est notre Seigneur » ; « Ne refusez rien au bon Dieu » ; « Regardez le Pauvre avec compassion et Jésus vous regardera avec bonté ».
 

Le 29 août 1879, elle s'endort paisiblement dans le Seigneur après avoir prononcé ces dernières paroles : « Père éternel, ouvrez vos portes, aujourd'hui, à la plus misérable de vos petites filles, mais qui a si grande en vie de vous voir !... O Marie, ma bonne Mère, venez à moi. Vous savez que je vous aime et que j'ai bien envie de vous voir».
 

La Congrégation comptait alors 2400 Petites Sœurs répandues en 177 maisons sur trois continents. « Si le grain de blé tombé en terre ne meurt pas, il reste seul, mais s'il meurt, il porte beaucoup de fruit».
 

Le 13 juillet 1979, Jean-Paul II reconnaît l'héroïcité de ses vertus et la béatifiera, à St Pierre de Rome, le 3 octobre 1982.
 

Homélie du 11 octobre - 28e dimanche du temps ordinaire B

Basilique Notre-Dame d’Avesnières – Laval – 9h30
Dimanche 11 octobre 2009
28e dimanche du temps ordinaire B


(Textes : Sg 7,7-11 – Ps 89 – He 4,12-13 – Mc 10,17-30)

(Illustration : Jésus et le jeune homme riche, vitrail de Otto Linnemann (1932), Église du Sacré-Cœur, Luxembourg.)

Mot d’accueil :

Frères et sœurs,
Comme le jeune homme de l’Évangile, nous sommes tous à la recherche de la voie qui mène à la vie éternelle… Le Christ lui donne la réponse, mais le jeune homme reste prisonnier de ses biens matériels et il refuse de répondre à l’appel du Christ, à sa vocation. Comment nous laissons-nous interpellés par le Christ ?

Homélie :

Frères et sœurs,

Le passage de l’Évangile selon St Marc que nous venons d’entendre nous rapporte une des belles rencontres du Christ au cours de sa vie publique.

Ce jeune homme qui s’approche commence par se mettre à genoux devant Jésus, signe fort de respect et de vénération. Comme chacun de nous, il se demande se qu’il doit faire pour accéder à la vie éternelle… et la réponse de Jésus est claire : il cite l’Écriture, les commandements du Premier Testament. Ainsi, Jésus redit que la pratique fidèle de ces commandements peut ouvrir l’accès à la vie éternelle… Et face à la bonne volonté manifeste de ce jeune homme, Jésus lui propose de faire un pas de plus : va, vends, donne, viens, suis-moi…

Ainsi, à ce jeune homme qui a déjà une belle vie au regard de Dieu, fidèle non seulement à la lettre mais à l’esprit des commandements, Jésus ouvre l’accès à une vie encore plus proche de sa propre vie : une vie dans la simplicité, dans le dépouillement, une vie à sa suite sur les routes… Cet appel que Jésus adresse à ce jeune homme, cette “vocation”, car c’est bien là le sens du mot vocation, il vient résonner dans sa vie comme un appel à franchir une étape supplémentaire.

Ce qui est très fort, et d’ailleurs St Marc insiste sur ce point, c’est le regard de Jésus : « Posant alors son regard sur lui, Jésus se mit à l’aimer. » Ce jeune homme qui vient de lui dire qu’il respecte les commandements depuis sa jeunesse n’est pas un vantard ! Il dit vrai. Jésus réalise qu’il a devant lui quelqu’un qui pourrait se donner totalement dans un état de vie proche du sien et de celui de ses disciples. Et comme pour Pierre, André, Jacques, Jean, Matthieu… et les autres, Jésus lui adresse un appel radical à tout quitter pour le suivre. Et là où les pêcheurs ont abandonné barque et filet, là où le collecteur d’impôts à abandonné son comptoir… notre jeune homme riche repart tout triste vers ses richesses, ses grands biens qui ne lui servent à rien, sauf à le retenir à l’écart de l’appel du Christ…

Alors que Jésus a discerné dans le cœur de ce jeune homme la foi et les bonnes dispositions pour faire de lui l’un de ses disciples, ce sont ses biens, ses propriétés, son argent… qui le retiennent loin de Jésus. Ses biens ne lui appartiennent pas, d’une certaine façon : il est devenu l’esclave de ses biens.

« Comme il sera difficile à ceux qui possède des richesses d’entrer dans le royaume de Dieu ! » Ce n’est pas une condamnation : c’est une mise en garde que nous adresse Jésus. Ne soyons pas comme le jeune homme riche, qui a laissé ses biens l’empêcher d’accomplir sa vocation ; ses biens matériels l’ont retenu à l’écart du Bien le plus grand : répondre à l’appel du Christ à le suivre.

La fin du passage de l’Évangile de ce jour nous invite à nous rappeler à qui s’adresse l’évangile selon St Marc. Marc fût probablement le secrétaire de Pierre : son évangile est en quelques sortes la mise par écrit de l’enseignement de Pierre et s’adresse aux chrétiens de Rome. Quand il écrit, ces chrétiens sont confrontés à de grandes difficultés : ils sont rejetés, parfois même exclus de leurs familles, menacés dans leur vie, ils doivent renoncer à leur héritage, ils perdent le soutien de leur réseau amical et familial… à cause de leur fidélité au Christ… Se souvenir de cet enseignement de Jésus leur apporte force et réconfort face aux épreuves et aux persécutions, eux qui sont amenés à vivre des ruptures radicales avec leur entourage et leur héritage pour suivre le Christ.

En ce jour le Pape Benoît XVI va nous donner cinq nouveaux saints comme modèles, dont Jeanne Jugan, fondatrice des Petites Sœurs des Pauvres, qui furent présentent pendant 120 ans à Laval, et Damien de Veuster, prêtre de la Congrégation des Sacrés Cœur de Jésus et Marie, dite de Picpus, dont des Sœurs fondèrent ce qui est aujourd’hui le lycée Haute-Follis. Prions le Seigneur, par l’intercession de ses serviteurs Jeanne Jugan et Damien de Veuster, pour que les biens matériels ne soient jamais un obstacle entre Lui et nous.

Amen.

David Journault †

Les messes dans ma paroisse

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